Jane's Addiction, le groupe qui a mis le feu aux poudres et initié la révolution rock des années 90, est de retour. “Strays”, premier album depuis une décennie, est sur le point d'être publié et pourrait bien être le meilleur du groupe. Débordant d'énergie comme d'habitude, marqué par le lyrisme flamboyant de Perry Farrell et la virtuosité de Dave Navarro, propulsé par la section rythmique bigrement efficace du batteur Stephen Perkins et du bassiste kung-fu Chris Chaney, “Strays” dévoile Jane's Addiction au meilleur de son potentiel. “C'est une suite logique,” dit Navarro. “Mais à la fois, j'ai le sentiment que notre musique est impossible à dater. Cela a toujours été une des particularités du groupe : tout ce que nous faisons est à la fois reminiscent et futuriste.” “L'énergie et l'identité sonore de cette musique sont vraiment caractéristiques,” dit Perkins à propos de l'éternelle puissance du groupe. “C'est le reflet d'hier, d'aujourd'hui et de demain.” “C'est comme faire du vin,” note Farrell à propos du retour du groupe. “En tant qu'équipe, nous sommes plus forts que jamais et nos objectifs sont plus importants. Il y a désormais une nécessité : le monde est plus désespéré, et curieusement, c'est plus excitant.” Jane's Addiction a véritablement explosé au milieu des années 80, surprenant le monde avec son mélange de punk, de metal, de rock indé, de prog rock et de folk. Le groupe a publié un album live éponyme en 1987, suivi l'année suivante du séminal “Nothing's Shocking”. Paru en 1990, “Ritual De Lo Habitual” a remporté un énorme triomphe commercial, été certifié platine aux USA tout en restant plusieurs semaines dans les plus hautes places du Billboard. Le succès de cet album était d'autant plus remarquable que Jane's Addiction n'avait rien perdu de son agressivité ni cherché à modifier son attitude pour séduire un public plus large. Le groupe s'est séparé en 1991, célébrant ses adieux au cours d'une tournée nord-américaine mémorable, le festival itinérant Lollapalooza. Avec la tournée Lollapalooza, Jane's Addiction s'est retiré de façon grandiose, et non pas en gémissant. Et même si le groupe n'était plus, ses membres ne se sont pas reposés sur leurs lauriers. Farrell et Perkins ont fondé Porno For Pyros, Navarro et le bassiste Eric Avery ont monté Deconstruction. Perkins s'est également investi dans le projet Banyan, et Navarro a fait partie des Red Hot Chili Peppers de 1993 à 1997. Jane's Addiction a failli souffrir d'une rechute fatale en 1996, lorsque Navarro, accompagné par le bassiste des Red Hot Chili Peppers, a rejoint ses ex-collègues de Porno For Pyros pour enregistrer une chanson, l'énorme “Hard Charger” destiné à la bande originale du film “Private Parts” de Howard Stern. La mayonnaise a si bien pris que Jane's Addiction s'est officiellement reformé, avec Flea à la basse, à l'automne 1997, le temps d'une tournée américaine. “Kettle Whistle”, une compilation de démos, de prises alternatives et d'enregistrements live rehaussée par deux nouvelles chansons a été publié en novembre. Les musiciens se sont ensuite consacrés à d'autres projets individuels parmi lesquels la compilation de Banyan “Anytime At All” en 1999, “Song Yet To Be Sung” de Farrell et “Trust No One” de Navarro, parus en 2001. En avril de la même année, Jane's Addiction a pris la décision de se reformer avec Martin LeNoble de Porno For Pyros à la basse, et s'est produit en tête d'affiche au Coachella Valley Music & Arts Festival, lors de la tournée américaine Jubilee 2001. Il s'est alors vite avéré que Jane's Addiction était bien plus qu'un juke-box itinérant, et le besoin d'aller plus loin s'est bientôt fait sentir. “A la fin de la tournée Jubilee, nous avons constaté que nos anciens titres fonctionnaient toujours bien. Il était temps de relever un autre défi” se souvient Perkins. “On ne se considère pas comme un groupe qui fait un come-back,” dit Navarro. “On est un groupe neuf qui a une longue histoire derrière lui. Cela fait plusieurs années qu'on travaille ensemble de temps à autre. On a évolué dans la même direction. On a grandi, en tant qu'humains et musiciens, et maintenant on est en mesure de faire quelque chose de spécial ensemble.” “J'ai le sentiment que les musiciens ont une horloge biologique,” dit Farrell. “On sait dans son propre ventre quand la musique doit sortir, quand c'est le bon moment de se réunir et de donner le meilleur de nous-mêmes. On a compris que c'était le moment d'être sérieux et de publier plus de disques. J'ai toujours su que lorsque la musique prédominerait dans ma vie, ce serait avec ces gars-là.” Le groupe a logiquement bénéficié des expériences personnelles de chacun, sur tous les plans. Après quinze années passées ensemble, les Jane's Addiction sont devenus une véritable famille. “On a tous pris des chemins différents,” dit Farrell. “Mais nous sommes liés les uns aux autres.” “Ayant vécu l'expérience d'être sur le devant de la scène avec un groupe, je comprends mieux Perry aujourd'hui,” dit Navarro. “J'ai beaucoup plus de respect pour ce qu'il fait. J'ai appris combien il était difficile de se donner corps et âme dans cette situation. Notre relation dans le groupe s'est trouvée renforcée. Notre amitié aussi.” “Lorsque Jane's Addiction est devenu énorme, on ne s'entendait plus si bien,” confie Perkins. “On ne pouvait plus communiquer et on savait qu'il aurait été vain de vouloir enregistrer un autre disque. Pour cela, il faut que tout le monde peigne sur la même toile. Mais si une personne aime le ciel bleu foncé et l'autre bleu clair, il faut pouvoir en parler. Désormais les avenues sont ouvertes. On se parle comme jamais auparavant.” Vraiment uni avec un même but, Jane's Addiction est entré aux historiques Jim Henson Studios de Los Angeles en mars 2002 et s'est mis à composer de nouvelles chansons. Le groupe avait une vague idée de la direction à prendre mais a mis un point d'honneur à repartir de zéro. “On n'avait pas de chansons,” remarque Perkins. “On savait seulement qu'on voulait se réunir et composer. On a pris la décision de s'installer dans un grand studio pour que tout ce que l'on écrivait puisse être enregistré. On voulait entendre comment on sonnait.” “Il n'y a jamais eu une manière simple de faire de la musique ensemble,” dit Navarro. “Je ne suis pas certain de bien comprendre comment nous fonctionnons : c'est organique, intuitif, ça marche sans qu'on sache vraiment pourquoi. C'est difficile à expliquer. C'est juste ce que c'est.” “Prenons l'exemple de 'Price I Pay',” continue le guitariste. “On a donné un concert l'année dernière en Corée, et l'idée était d'aller à une fête tous ensemble après. Perry est allé dans sa chambre et a commencé à écrire des paroles sur l'ordinateur portable qu'il utilise également pour ses démos. Je suis passé le prendre pour aller à cette fête et je l'ai entendu chanter The Price I Pay, the Price I Pay ! Il chantait si fort que j'ai dû cogner à la porte mais il ne m'entendait pas à cause de son casque. Je lui ai finalement dit que ce que j'avais entendu était super, et une fois en studio à LA, je lui ai rappelé ce moment et nous en avons fait une chanson. Voilà comment se construit notre musique le plus souvent. Il n'y a pas d'approche particulière.” L'arme (pas si) secrète (que ça) du groupe pour “Strays” a été le légendaire producteur Bob Ezrin. Réputé, entre autres, pour son travail avec Alice Cooper et Pink Floyd, Ezrin, secondé par son fidèle ingénieur Brian “Gummo” Virtue, a amené toute son expérience avec lui, donnant à Jane's Addiction la possibilité d'atteindre un nouveau sommet de créativité. “Sa connaissance de la musique est sidérante,” admet Farrell. “C'est là que c'est terriblement excitant pour moi. En règle générale,je suis toujours capable de voir d'où viennent et où vont les choses en musique, et je suis souvent sûr de mon fait. Mais lorsque Bob suggère quelque chose, je dois me rendre à l'évidence et admettre que souvent, je n'y avais pas pensé.” “Bob est parvenu à obtenir le meilleur de nous-mêmes,” constate Navarro. “Plutôt que nous dire que quelque chose ne fonctionne pas, il nous montre comment ça peut marcher.” “Il a mis la barre plus haut pour chacun d'entre-nous,” dit Farrell. “C'est comme subir un entraînement pour les Jeux Olympiques : il donne l'envie de se surpasser en créant. On a essayé de faire la musique la plus belle, d'innover. Et avec Bob, le rêve est devenu réalité.” LeNoble a participé à quelques séances mais c'est Chris Chaney, que Navarro considère comme un musicien particulièrement intense, qui a occupé la fonction de bassiste. Ayant déjà joué avec de nombreux artistes parmi lesquels Alanis Morissette ou Rob Zombie, Chaney a vite intégré le groupe et s'est adapté sans difficulté à sa manière de composer. “Beaucoup de nos chansons ont évolué selon les formations,” dit Navarro. “Une de mes favorites, 'Price I Pay', doit beaucoup à la participation de Chris. Elle est très riche, aux plans sonore et émotionnel. C'est un exemple significatif de ce que fait Jane's Addiction aujourd'hui.” “On approche davantage notre musique par le biais des chansons,” note Navarro. “Elles ne durent plus huit minutes même si certaines d'entre-elles sont assez épiques. On a appris à donner le maximum en moins de quatre minutes, ce qui n'est pas évident.” “Faire partie de Jane's Addiction, c'est comme conduire une Porsche ou une Ferrari,” confie Perkins. “On monte dedans et on sait qu'on va aller vite. C'est dans cet état d'esprit qu'on est entré en studio.” Toujours sur la brèche au plan politique, Jane's Addiction compte bien de nouveau réveiller la conscience du public. La guerre est omniprésente et l'environnement se détériore à vitesse grand V. Le groupe prévoit d'utiliser son influence pour promouvoir les sources d'énergie alternatives telles que l'hydrogène. “J'essaye d'être positif au maximum,” dit Farrell. “Ma priorité est de m'assurer que tout le monde prend du bon temps, mais dans cette bulle de bonheur existent également des moments sérieux. En tant que porte-parole, nous sommes bien décidés à promouvoir les énergies alternatives, d'où ce titre, 'Strays'. Nous sommes sur le point de perdre tous les combats écologiques dans ce pays et la voix qui touche le plus de gens est celle de la musique.” “J'estime que nous réalisons tous quel est le vrai pouvoir de la musique et comment l'utiliser,” dit Perkins. “En plus de faire sauter les gens au plafond, je veux leur donner l'envie de rentrer chez eux pour faire l'amour et réfléchir au monde.” “C'est un disque à la fois sérieux et fun,” explique Farrell au sujet de la dichotomie thématique de “Strays”. “Un type qui ne fait que bosser devient vite ennuyeux et tôt ou tard, sa femme le quittera. Quelqu'un qui ne pense qu'à rigoler est une tête de n½ud et tôt ou tard, sa femme le laissera également. Il faut être les deux à la fois. Et l'album doit être le reflet de ça.” Tout ça bien en tête, Jane's Addiction a également entrepris de faire revivre le festival Lollapalooza en 2003. Et comme lors de la première édition, le but est d'insuffler un véritable esprit communautaire à un public rock de plus en plus disparate. “Nous avons une nouvelle approche du festival,” dit Farrell. “Lollapalooza va être complètement délirant. Il risque d'avoir un effet incroyable sur les gens. Le nouveau Lollapalooza va révolutionner l'industrie du spectacle comme l'a fait le premier.” Avec “Strays”, Jane's Addiction s'offre bien mieux qu'un come-back : le groupe a entrepris d'atteindre un nouveau sommet dans une carrière qui n'en manque pas. “C'est mon album le plus important,” dit Navarro. “Il est sans comparaison avec tout ce que j'ai fait par le passé, il est vraiment spécial.” “Lorsque j'écoute la radio, je me demande comment on a pu en arriver là,” dit Farrell. Il est décidément temps que Jane's Addiction revienne aux affaires